Sexe(s) genre(s) et représentation(s) : une observation réflexive

Le concept de « représentation » est entendu en sciences sociales comme l’espace d’interaction entre la perception et le concept. Ces deux entités, lorsqu’elles sont assemblées constituent le résultat de la transformation d’une impression en une représentation intelligible.

 

Selon Durkeim, les représentations sont « une vaste classe de formes mentales (sciences, religions, mythes, espace, temps), d’opinions et de savoirs sans distinction. La notion est équivalente à celle d’idée ou de système, ses caractères cognitifs n’étant pas spécifiés [1] ». Pour Jodelet [2], les représentations s’insèrent naturellement dans des systèmes d’interprétation au sein desquelles les individus constituants sont soumis à une multitude de possibilités perceptives. En fait, ces systèmes sont simultanément reliés  à la culture et au système de pensée dominants.

Dans ce contexte de réflexion, penchons-nous sur les représentations des sexualités afin d’éclairer un peu la problématique que le manque de diversité causé par l’omniprésence de l’hétéronormativité provoque. Plus précisément, c’est la façon dont les sexualités sont représentées dans les contenus médiatiques grand public qui est va être remise en question.

Tout l’enjeu du problème réside dans la construction imagée d’une réalité qui, lorsqu’on s’y attarde un peu, est loin d’être fidèle à l’actuel mouvement des êtres dans les sociétés réelles.  Nous avons donc affaire, dans le domaine des sexualités, à un miroir déformant dans lequel il est facile de se perdre tant les dissemblances sont intégrées au système de représentation plus global dans lequel ces fictions sont inscrites.

Aujourd’hui distancées des représentations de l’homosexuel « pervers », de la lesbienne diabolique et de la femme comme un ventre à féconder et enfin de l’Homme comme vecteur de virilité absolue, les représentations restent tout de même ancrées dans des traditions représentationnelles dont les racines discriminantes et invisibilisantes ne germent nul par autre que dans le système de pensées ancestral du patriarcat.

Ceci est problématique pour ceux qui justement ne voient pas leur sexualité représentée correctement dans leurs fictions favorites, pour tous ceux et celles qui ne peuvent pas imaginer parce qu’il n’y a pas d’image équivalente à leur réalité. Ces représentations absentes, au-delà de leur nature visuelle, conceptuelle ou matérielle vont devenir alors pour ces individus des réalités manquantes.

Parce que la diversité (quoiqu’elle être soit loin d’être atteinte parfaitement) ne suffit pas à résoudre le problème des représentations, il est aussi question de rendre visible l’invisible dans les représentations existantes.

Il existe dans le paysage médiatique actuel des alternatives aux représentations hétéronormées qui proposent une vision erronée de nos sexualités diverses. En premier lieu, je citerai la toute récente série de Netflix « Toi Moi et Elle » disponible depuis début 2017. L’intrigue gravite autour de trois personnages. Jack et Emma sont un couple marié faisant face à des difficultés  et se retrouve dans un triangle amoureux avec la jeune Izzy, auto-identifiée escort girl. Au sein de ce trio se mélange l’ambiguïté amoureuse, mais surtout la sexualité. Une sexualité fluide dans laquelle les trois trouvent leur place. C’est un essai réussi dans la  représentation du polyamour et de la bisexualité féminine hors des lieux communs. Le show d’Amazon Transparent quant à lui nous renvoie une représentation à l’innovation magistrale de la sexualité d’une personne transgenre en la personne de Maura, transexuelle parent de trois enfants eux-mêmes au cœur de problématiques sexuelles intéressantes. Il s’agit dans cette série de développer des axes permettant à tout le monde de s’identifier, tout en s’éloignant des stéréotypes de genre et de sexe. Dans ces deux séries, ce sont tant l’hétérosexualité, que la bisexualité ou la pansexualité qui sont abordées à partir d’un regard bienveillant, sans tenter de glamouriser le sexe comme un achèvement performatif ultime. J’évoquerai pour finir la série Looking produite par HBO qui explore les tribulations professionnelles, sentimentales et sexuelles d’un groupe d’amis aux personnalités et priorités personnelles variées. Looking propose à ses spectateurs des représentations ancrées dans notre époque, dans ce que signifie être homosexuel dans une ère post-crise du sida. On y voit des personnages pour lesquels la sexualité évolue en importance, d’autres pour lesquels elle est un obstacle dans l’épanouissement personnel, et enfin des personnages pour qui le sexuel fait partie intégrante de l’humanité, sans que ce soit un problème.

Communiquer sur ces sujets permet de déconstruire l’idée selon laquelle la sexualité est un mythe social à enjoliver selon les bien-vouloirs de ceux qui font les systèmes de pensées. L’enjeu reste de démocratiser la diffusion de ces contenus afin de les placer au même niveau que les représentations hégémoniques. Dans le même sens, il s’agit de garder les yeux ouverts sur les évolutions dans le but de ne pas se laisser emporter dans la vague du collectif dominant, qui certes correspond à certains mais est encore loin d’achever son dessein d’équité dans les représentations de la sexualité.

[1] Moscovici, Des représentations collectives aux représentations sociales, p. 63, in Jodelet D., Les représentations sociales, coll. Sociologie d’aujourd’hui, P.U.F. 1989.

[2] D. Jodelet, Les représentations sociales : un domaine en expansionin Les représentations sociales, sociologie d’aujourd’hui, P.U.F., 1989, p. 41.

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