Nina Médioni « Le Voile/The Veil » : une quête de la rencontre photographique à Bnei Brak, Israël

J’ai rencontré Nina Médioni en septembre 2016 sur la terrasse du Ping-Pong Club. Et puis, pendant plusieurs mois, je suis allée squatter le canap miteux de son atelier au 7ème étage de l’UQAM. Je l’ai regardée créer, nous avons passé l’hiver en création et nous nous sommes vues l’une et l’autre dans nos rêves, dans nos désirs, dans nos contradictions.

Nina est photographe. 

Nina, c’est un coup de cœur humain et artistique. C’est moi qui l’écoute parler de ses multiples projets et qui découvre une sensibilité photographique propre à chaque regard. Et celui-ci, de regard, vaut le détour.

Je vous parle d’elle aujourd’hui parce qu’elle a besoin de vous. Nina Médioni, tout récemment diplômée de l’École Nationale Supérieure de Photographie d’Arles, dans le sud de la France, s’embarque dans une aventure humaine et personnelle mais aussi dans une expérience sociale à part entière. 

Le Voile\The Veil – Un projet en devenir

En septembre prochain, Nina s’envolera pour Bnei Brak en Israël, à quelques kilomètres à peine de Tel Aviv. Cette ville concentre la plus grande population de juifs orthodoxes au monde. Une partie de la famille de Nina y vit au rythme de la religion et elle souhaite dans le cadre d’une quête artistique s’y rendre à nouveau, après un premier voyage éclair en 2015.

Nina Médioni, Naomie, Le Voile, 2015
Nina Medioni, Naomie, Le Voile, Bnei Brak, 2015

Cette année, Nina va partir trois mois. Le temps de voir, de sentir, le temps d’attendre, de mesurer la distance et la proximité entre les êtres, entre les silences et les cris de la rues, entre les foules et les solitudes. Afin de propulser son projet, cette photographe de l’attente a décidé de lancer une campagne de financement participatif sur Kickstarter.  Ce financement va lui servir à subsister pendant trois mois bien sûr mais aussi de payer pour ses pellicules, pour le matériel de développement et pour le studio argentique qu’elle entend monter sur place.

 

 

 

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Nina Medioni, Lea, Le Voile, Bnei Brak, 2015

En effet, un des objectifs de ce projet et d’impliquer les jeunes, et ce de plusieurs manière. Le projet de Nina Médioni s’inscrit sur une compréhension de la photographie comme témoin, presque toujours autant documentaire qu’artistique. À Bnei Brak, elle espère rencontrer des humains, de tous les âges mais les plus jeunes l’intéressent particulièrement dans ce contexte d’enclave religieuse. Les cultures, malgré des accès à l’information limités, sont perméables. Ce sont alors les différentes couches de signification qui intriguent la photographe. Sa caméra, comme une amie, comme une confidente avec laquelle tracer sa route, capturer les moments, mais avant tout les vivre, dans l’instant, pour faire savoir, faire briller des êtres et des lumières qu’on connaît mal. 

Lire aussi : Tel Aviv : des milliers de femmes marchent contre les violences sexuelles publié le 2 juin 2019 

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Nina Medioni, La fenêtre, Le Voile, Bnei Brak, 2015

La démarche photographique de Nina s’inscrit dans une considération sérieuse du métier de photographe. Par sa pratique et sa position dans l’espace et avec les êtres, elle conçoit ce travail comme un long cheminement à l’intérieur duquel le temps est clé. 

Nina Médioni, entretien avec Mouvements, Magazine culture interdisciplinaire, 2019

Les femmes artistes : une inspiration du quotidien pour Nina Médioni 

L’interrogeant sur les femmes qui l’inspirent, je vois le visage de Nina s’éclairer et ses idées foncer vers ses lèvres. C’est le moins qu’on puisse dire car Nina voue une admiration et un respect à ses consœurs qui portent des projets tout aussi prometteurs que les siens.

Parmi elles, Clarisse Hahn, une vidéaste, réalisatrice et photographe qui étudie dans ses projets son rapport à la distance qui s’immisce entre les corps, entre les pensées et entre les cultures. Pour Nina, le travail de Clarisse Hahn est un témoin de sa pratique de « faire corps avec la caméra ». Clarisse Hahn s’intéresse spécifiquement aux manifestations de résistance du corps face aux oppressions, et ce dans l’espace public,  aux représentations de la virilité codée et aux indices sensibles des êtres face à l’objectif. En 2000, Clarisse Hahn collabore avec Ovidie, alors encore actrice et déjà réalisatrice de films X, pour un documentaire suivante cette dernière dans ses pérégrination. Tourné sur pellicule, on sent sur ce film le grain et le style sans pareille de cette vidéaste talentueuse et concernée.

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Ovidie par Clarisse Hahn. 2000
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L’homme au coquillage, Julie Hrnčířová, 2019

Nina me parle aussi de Julie Hrnčířová, une amie photographe ayant comme elle étudié à l’École Nationale Supérieure de Photographie d’Arles. Cette dernière , habitant à Oslo est une femme tchèque à la recherche des détails et aux mises en scène empreintes de poésie et d’une mélancolie propre à notre époque. Elle travaille à la mise en valeur des ambiances, des états-d’esprit peut-être, dans une exploration des couleurs et des expositions éminemment contemporaine. Ce lien entre Nina Médioni et Julie Hrnčířová témoigne d’un désir de ces jeunes photographes à comprendre et créer ensemble la photographie qui leur plaît selon leurs règles et leurs envies. Ce sont les symboles d’une génération proactive dans sa ré-appropriation de l’espace public, de l’espace professionnel, en tant que jeunes et en tant que femme. 

Un objectif photographique : La justesse des tons et des images

J’aime le travail de Nina Médioni parce qu’il est absolument sincère. Avec ses images, elle ne cherche pas à déguiser mais à mettre au jour. Elle ne chercher pas la monstration mais l’exposition, littéralement, au travers de l’attente avec la caméra et avec les photos, par la suite, dans le processus de développement.

Son attachement à la photographie argentique est aussi question de personnalité, il vient s’insérer dans un mode de vie, une manière de prendre le temps de saisir l’innéfable qu’elle rend en images, en couleurs, et en sons de cette voix si forte qui m’a tant fait rire. Nina, si tu lis ces lignes, je voulais de dire que je n’ai jamais oublié cette fois à Montréal ou tu éplucha un nombre oublié de clémentine avec la patience d’un reine tandis que je frétillais d’impatience. Cette capacité de savoir attendre, penser les détails puis se laisser aller aux rencontres. Avec les êtres, avec les lieux, avec les objets. Tout est inspiration à partir du moment ou les choses sont. À propos de son travail de photographe professionnelle, Nina me confie que ce qui fait toute la différence, selon elle, c’est la quête de la justesse, comme dans la vie, la recherche du ton adéquat, des couleurs qui respirent l’instant et son souffle, doux comme l’air du sud, puissant comme le mistral et ancien comme les cultures qu’elle explore de Arles, à Bnei Brak.

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Les jardins, 2018, Nina Médioni
Le travail de Nina Médioni a été notamment présenté au Palais de Tokyo, au Jardin d’Acclimatation à Paris et aux Rencontres Internationales de la Photographie à Arles.  Lauréate en 2015 du prix Olympus, puis en 2018 de la Carte Blanche à la Jeune Photographie organisée par le Jardin D’Acclimatation à Paris et LVMH.

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