Une ingérence en psychiatrie – Histoire d’un trouble alimentaire mal compris

À l’âge de 16 ans, j’ai été diagnostiqué d’anorexie avec dépression majeure suite à une crise  survenue dans le temps des fêtes. Cela faisait déjà un moment que je n’allais pas bien, 6 mois pour être exacte.

Ma maladie a débuté quand j’avais 15 ans en plein dans ma crise d’adolescence. Tout a commencé quand j’ai décidé d’aller au gym avec ma meilleure amie. Ça c’est transformé en addiction. Suite à l’entraînement a suivi un désir de correspondre toujours plus aux standards de beautés et de manger toujours plus sainement jusqu’à ne plus manger du tout dans le but de perdre le plus de poids possible.

J’ai eu de la chance. 

J’ai eu de la chance parce que j’ai de la famille qui travaille dans le milieu médical.

J’ai eu la chance d’être prise au sérieux et d’avoir été prise en charge par le système avant qu’il ne soit trop tard.

Malheureusement, j’ai vu trop de filles qui n’ont pas eu la même chance.

J’ai été prise en charge par une équipe en psychiatrie dans une clinique externe. Plusieurs fois par semaine, je me rendais dans ce CLSC accompagnée de mes parents. Le mardi, j’avais ma consultation avec ma psychologue. Le lundi, ma prise de sang et ma pesée avec l’infirmière suivi de ma rencontre avec la psychiatre et le jeudi une  rencontre familiale.

La journée que j’appréhendais le plus était le lundi, la journée de la pesée et des tests. Je cachais toujours des poids dans ma culotte et dans mes poches pour peser plus lourd. Je faisais une série d’abdominaux avant les tests pour que mon rythme cardiaque soit accéléré.

Il m’était interdit de faire des activités physiques mais pourtant, je trouvais toujours le moyen pour me rendre en cachette dans un gym. En moyenne, je courais 10 km par jour 6 jour sur .  J’avais aussi développé des astuces pour faire semblant de manger, même devant mes parents à la table. Mais ce que j’avalais réellement se limitait à une moitié de banane le matin, une pomme le midi et quelques feuilles de salade le soir.

Je pouvais vivre environ 2 semaines comme ça jusqu’à la prochaine crise. 

Cette crise là elle était intense. Vers environ 22h lorsque mes parents allait se coucher, j’explosais dans la nourriture. Je pouvais manger en moins de 30 minutes une boite de biscuits, 2 assiettes de pâtes, 3 yaourts, 6 barres tendres, bref  jusqu’à ce que je me vomisse, déçue. Ensuite il y avait le moment où je me disais que je me détestais, que je voulais mourir, que j’étais laide, etc… Ensuite je recommençais à me priver pour encore 2 semaines jusqu’à la crise suivante.

Un peu plus tard vers les fêtes de fin d’année,, j’ai fais une crise comme celle-la mais cette fois je ne suis pas restée silencieuse. Ma mère m’a trouvé en larmes dans un coin de ma chambre. Elle m’a amené au CLSC dans le but d’avoir de l’aide. Cette soirée la, ma fréquence cardiaque était de 40 battements par minute (trop lent). Je pesais 90 lbs (environ 40kg)  tandis que mon poids santé était d’environ 130 (59 kg). Je souffrais d’insuffisance rénale, j’avais une blessure à cause de la course excessive, je pouvais m’évanouir à tout moment et dormir pendant des jours entiers. Cette soirée la, je me suis fait hospitalisée à l’hôpital Sainte-Justine en psychiatrie. 

Mes parents pleuraient et je savais que c’était de ma faute. Je me suis jamais sentie autant responsable de tout.

En arrivant en Ste-justine, le personnel hospitalier a d’abord essayé de me faire boire un jus. Un jus d’orange plein de calories que j’ai refusé de boire. Mais ce que je n’avais pas encore compris, c’est qu’à Ste-justine, tu n’as pas le choix. C’est la bouffe ou l’intraveineuse. 

Il était hors de question de me faire injecter un liquide dans les veines alors j’ai décidé de manger de peine et de misère. Nos portions étaient calculées, on ne pouvait pas ne pas finir notre assiette. Les grosses portions étaient grosses  pour quelqu’un qui ne mangeait plus depuis 2 ans. Je me rappelle d’un matin où je devais manger un bol de céréales, 2 bol de lait, deux toast avec beurre et confiture obligatoire, deux œufs et un jus d’orange. J’ai cru que j’allais vomir. 

On devait se lever toujours à la même heure pour se faire peser, déjeuner, prendre nos médicaments, etc. Chaque nuit, les infirmières venaient prendre une prise de sang. Je ne pouvais pas sortir dehors et je pouvais recevoir de la visite juste à certains moment. Mes heures là-bas se résumaient à écouter des film et dormir.

Quand ils m’ont laisser partir de l’hôpital, je pesais 115 lbs. J’avais pris environ 20 lbs en deux semaine. La seule chose à laquelle je pensais c’était de retourner au gym. Mais peu de temps après, il c’est passé quelque chose qui a tout changé. Mon amoureux que j’aimais de tout mon coeur m’avais tromper.

Dans ma tête, plus rien n’avait de sens. Tous les efforts que je faisais pour être « belle » selon la société, “je suis mince”, pour moi c’était ça la beauté. Et pourtant il n’est pas attiré par moi, Il est parti. 

Je me suis regardée dans le miroir et je me souviens de m’être traité de conne. Comme si tout le cercle vicieux dans lequel je m’étais enfermée venait de s’écrouler d’un coup. En l’espace d’une minute, je suis d’anorexique a boulimique.

Pendant l’année suivante,  j’ai compris comment le système du trouble alimentaire fonctionnait.

J’ai pleuré cette séparation et j’ai mangé mes émotions de manière intense et malsaine. Comme la crise que je faisais aux 2 semaine quand j’étais anorexique mais 3 fois par semaine, avec aucun sport pour compenser, j’ai complètement arrêté le sport et je ne faisais que me cacher pour manger. Je pouvais avaler peut-être 4000 calories par jour ou plus.

Je me détestais je me trouvais laide mais je me disais que ça ne servait plus à rien de me sentir belle.

Bref, en chiffre, j’ai pris 40 lbs (18 kg) en deux mois et 20 lbs (9kg) au cours de l’année suivante. Je me suis stabilisée à l’entour de 160 lbs (72 kgs). 

Ce qui me fâche dans cette situation et c’est ce que je veux dénoncer avec ce texte,  c’est la façon dont j’ai été traitée face à ma boulimie par les médecins.On me félicitait de prendre du poids. Tout a coup selon eux, tout allait bien parce que le chiffre sur la balance augmentait. Je pense que j’allais encore moins bien mentalement quand j’étais boulimique que anorexique. Physiquement c’était très dur. J’avais de la difficulté à respirer, à me lever, etc. Pourtant rendu à 140 lbs (63kgs), ils m’ont laissé partir du programme et j’étais libre comme l’air. Libre de rechuter, libre de me suicider, libre de faire ce que j’avais envie de faire. 

Selon moi, le suivi psychologique n’a pas été bien suivi et le bilan de santé non plus. Je n’avais plus de pesée, plus de prise de sang. Pourtant je n’étais vraiment pas en bonne  santé. 

Ce que j’étais en train de faire était  même dangereux pour mon corps. On ma simplement dit que l’important pour moi était je sois sur la courbe normale de l’Imc.

Ça va faire deux ans, que je ne suis plus boulimique ni anorexique et je peux vous dire que le suivi qui n’a pas été fait, parfois j’en souffre encore.

 

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