Cessons l’hypocrisie sur les violences sexuelles – La lutte se poursuit

 

La semaine du 4 novembre 2019, la comédienne française Adèle Haenel témoigne des violences sexuelles qu’elles a vécu entre ses 12 et ses 15 ans sous l’emprise et les actions du cinéaste Christophe Rugia.  Le site d’information Médiapart a publié dans la foulée une enquête menée par la journaliste Marine Turchi  mettant en valeur plus d’une vingtaine de témoignages et de faits renforçant le récrit de l’actrice française.

Dans cette vidéo de l’interview-live, elle raconte aux côtés de Marine Turchi et Edwy Plene (le fondateur de Médiapart), l’opression du silence, l’isolement des femmes qui se taisent, l’omerta dans les milieux culturels qui poussent les femmes à surtout ne pas parler.

À l’époque de #metoo, en octobre 2017, j’écrivais ce texte déjà et je disais extactement ceci :  j’entends des hommes parler des autres hommes avec colère. Je lis des hommes parler des violences, agressions et harcèlements sexuels. Je vois d’innombrables vidéos résumant et analysant les faits des dernières semaines. Je devrais être ravie, non?

Eh bien, non. Bien qu’aucune de ces révélations ne soit pour moi une surprise, je me surprends moi-même à être en overdose de tout ça.

Adèle Haenel, dans tout son courage, insiste sur le fait que les femmes ont toujours parlé, qu’elles se sont exprimées et qu’on leur a volé leur récit. En écoutant ses mots et me rappelant ceux de toutes ceux et celles qui se sont confiées à moi, mon coeur s’est serré d’une douleur millénaire. Ce sont encore aujourd’hui des enfants qui sont violés par des détracteurs, des hommes adultes qui furent violés, des jeunes femmes, des filles, des enfants !!!! Et, derrière eux, des adultes, des hommes et des femmes qui violent.

Pourquoi persistons-nous à mettre toujours l’accent sur le poids de nos paroles plutôt que réellement nous écouter ? Pourquoi écoutons-nous (les pouvoirs médiatiques notamment) toujours les mêmes ? 

Des milliers de femmes autochtones disparaissent/se font violer/assassiner dans l’indifférence citoyenne et sociétale la plus totale. Et vous tombez des nues en apprenant que des hommes de pouvoir abusent de leur « supériorité » pour agresser/intimider d’autres êtres humains jusqu’à détruire leur dignité physique et sexuelle? Des femmes et des personnes trans sont tuées dans l’obscurité et l’ignorance des pouvoirs publics qui ne veulent pas se mouiller. Les femmes sont touchées dans le cœur et dans leur corps et nous serions censées nous taire ?

Pourquoi faut-il que l’on parle des célébrités qui abusent de leur pouvoir pour réaliser? Ces personnes représentent un symptôme d’une maladie qui dure depuis des siècles. Au Québec,  dans les milieux du théâtre, de l’humour, de la musique, du cinéma, de la mode: partout on en vend des rapports sociaux statufiées, direction le monde du glam, derrière les rideaux rouges et sous les projecteurs, certains hommes ne se gênent pas, il règne une impunité totale à parler des femmes comme des objets, tant se sentent à l’aise de parler de nos corps comme des bouts de viandes.

France, Québec, Canada, Monde, les femmes saignent, pleurent, se lèvent le matin la gorge serrée de passer outre les violences, les menaces, la haine. 

Depuis 2017, avant et après la vague des dénonciations, j’ai pris le temps de demander à des amis (hommes) quel pouvait être le contenu de conversations entre hommes à propos des femmes. Au risque de me mettre du monde à dos, je parlerai, car leur réponse m’en a apporté d’autres. Tandis que des gangs masculines refont le monde, enchaînent les plaisanteries, se soutiennent, s’aiment comme nous tous humains, d’autres, par la violence de leurs mots salissent et heurtent les femmes, réduites à des amas de chair à peine vivants ne méritant pas grand-chose de plus qu’un gracieux jet de sperme sur la face. C’est le moyen-âge!!!! N’avons-nous donc pas évolué?! Ce n’est qu’un aperçu du récit qu’ils ont accepté de me livrer. Secret de la violence entretenu et gardé d’hommes à hommes. Et qu’on ne vienne pas me dire que les femmes font pareil. Je sais bien que la violence a mille visages, la violence sexuelle n’est pas omise, ça n’est pas une raison de lâchement que d’inverser le phénomène sous prétexte d’égalité.

Comment pouvez-vous ne pas le savoir?

Jusqu’à il y a peu, les violences envers les femmes étaient encore discutées au parlement canadien : en 1982, on révisait la définition du viol, en 1990, celle du consentement en lui-même, car visiblement ce sont deux entités que le monde ne veut pas bien comprendre.

Comment pouvez-vous avoir oublié? N’avez-vous donc jamais écouté les femmes, lu un journal, regardé les nouvelles télévisées, écouté la radio, eu un accès internet??

 J’accuse le monde d’être volontairement aveugle, de ne pas assumer la responsabilité d’une violence omniprésente que nous refusons de regarder dans les yeux.

On lit dans la presse, dans la blogosphère féministe et sur d’autres tribunes une foule d’articles pressant les victimes d’agressions d’oser parler. J’ai lu des témoignages de femmes qui s’excusent de ne pas avoir parlé! Mais que se passe-t-il?!

J’ai le sentiment que l’on élude des questions majeures. Sommer les opprimé•e•s de se montrer haut et fort est une chose, utile certes, mais pourquoi ne pas conseiller aux témoins, aux proches de parler eux aussi, de réfléchir en profondeur, de modifier leurs attitudes, de soutenir, de prévenir, de parler du problème, d’encourager le bien plus que l’indifférence. C’est avant que le drame arrive qu’il faut agir, pas une fois que le mal est fait.

Cessons s’il-vous-plait de mettre le projeteur brûlant sur celles et ceux qui n’ont rien demandé et orientons-le sur ceux qui font semblant de ne pas savoir, de nier l’existence même de la culture du viol.

Il faut se réveiller et arrêter de nous assoir sur nos acquis. Urgemment, de manière collective et efficace. Ça suffit, les excuses, ça suffit le pas-vu-pas-pris, ça suffit les œillères; trop de gens souffrent en silence sous les regards lointains. S’il y a autant d’agressions, il y a autant d’agresseurs, c’est une évidence, prenez-le comme acquis et agissez, pour le bien de tous. Votre parole ainsi que votre réflexion sont votre pouvoir, il est plus que temps de s’en servir. Merci.

Alizée Pichot

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