Frida Kahlo : Douloureuses couleurs de l’espoir – In tribute to Frida Khalo

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Aujourd’hui n’a plus de date, le jour existe et depuis quelques semaines que je suis au Mexique j’écris beaucoup, je lis, je rencontre du monde et je comprends des choses.

Parmi elles, parmi ces nouvelles idées qui prennent en ampleur et qui me déroutent, je cherche des guides et je retrouve des anges. Parmi ces anges, ces artistes-points de repère que je garde près de moi, il y a Frida Khalo.

Pensant à son oeuvre, la visualisant, l’étudiant de plus près j’ai envie de commencer par écrire sur  la toile Las dos Fridas, peinte par la main animée de feu et de terre de cette âme sauvage et mystique qu’était Frida Khalo. En 1939, lorsqu’elle réalise cette oeuvre – demeurant aujourd’hui une des plus visitées au musée d’art moderne de la ville de Mexico – Frida est déjà une peintre reconnue, une camarade communiste et une rebelle, dans l’univers qu’elle nous offre et dans ses idées et par ses couleurs. La forme et l’esprit qui se meut dans ses tableaux se dévoile en fumées, en regards noirs et en symboles, de toutes sortes.

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Deux femmes, deux cœurs, deux corps. 

Une femme, deux femmes, deux cœurs, deux corps.

La répétition pour l’affirmation, l’autoportrait pour comprendre, pour saisir ces ombres dans le regard fuyant ou fier, ouvrir une porte ouverte vers toutes ces femmes en nous.

Au milieu de l’écriture de ce texte est passé le 29 février 2020. Un jour de honte, au lendemain de la nomination de Roman Polanski, pédocriminel multi-récidiviste comme meilleur réalisateur pour l’Académie des Césars en France. Un triste jour et mon coeur saigne.

Au milieu de ce flot de larmes rouges et bleues, une lumière apparaît et en Frida hier j’ai vu un espoir immense logé au coeur de ses coups de pinceaux, dans ses mots judicieusement choisis, dans ses non-sourires si beaux, si calmes, si profonds.

Dans les deux Frida qui se tiennent la main, je me suis vue aussi, aimante et enragée, femme et écrivante, possédée et possédante d’une force de vie immense qui se perçoit fragmentée parfois, brisée, heureuse et lumineuse souvent. Dans cette femme qui existe en moi, dans l’enveloppe charnelle et oh combien vulnérable de mon corps, existe plusieurs énergie, plusieurs mouvement qui se tirent et qui s’attirent mutuellement sans cesse.

Frida, lorsqu’elle peint cette dualité, elle nous parlent de toutes ces autres femmes qui vibrent dans nos veines, qui nouent nos cœurs les uns aux autres, pour ne former q’une seule âme, collective, une reconnaissance attendue, nécessaire, des humains ensemble, quelle que soit la couleur du ciel ou la teneur du jour, se tenant par la main, liée et solidaire.

 

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Elle est là qui nous regarde de ses grands yeux et sur toutes les photographies que je vois, je la sens qui vibre en dedans et en dehors, comme moi, comme tant de femmes que je connais et tant d’êtres que je vois chaque jour, innocents regards qui se croisent et se sourient, reconnaissent sans mots leur existence ici, maintenant.

Frida, on ne le dit jamais assez, est une des plus grandes artistes de notre présent-futur en changement, une de celles dont le travail ne fut pas assez reconnu de son vivant et ne l’est pas assez aujourd’hui, ou du moins pas assez pour le fond de son propos, pour ce qu’elle nous a dit de son monde et ce que nous pouvons comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui, en 2020.

Saviez-vous qu’une seule exposition en solo de Frida eut lieu, quelques temps avant sa mort. La soirée fut organisée par son amie Lola Álvarez Bravo à la Galería de Arte Moderno en 1953, peu de temps avant sa mort l’année suivante. Frida s’y rendit apprêtée, allongée sur un lit déposé au milieu de la pièce, là, présente, mélancolique, fière et heureuse sûrement de voir ses amis et ses œuvres rassemblés, hommage légitime d’un travail monumental, d’un esprit brut, animal, conscient de sa fragilité humaine et du monde de la nature tout autour qui nous protège, sans cesse, des tourments cruels que les humains ont construit.

Frida Khalo, en trente ans de peinture, nous a parlé des sociétés, des moules, des rudesses mécaniques, des masques qui nous empêchent, qui nous étouffent, qui nous gardent bien à nos places et que nous craignons de déplacer. La peur, Frida, la douleur, ma sœur, tu m’aide à les comprendre, à voir dans leurs pics d’acier qui me traversent le torse l’amour je crois, voilà ce que tu m’as dit Frida, chuchoté dans ce gros livre noir trouvé à la Biblioteca Vasconselos de la Ciudad de Mexico.

11 coisas que você não sabia sobre Frida Kahlo (e que vão ...
Frida Khalo par Sylvia Salmi, 1944

Les formes et les symboles de Frida m’ont inspirées à lire encore, à comprendre encore, à parler, à faire de ces journées à venir des journées de sagesse. Moi, femme, artiste, révolutionnaire, comment entendais-je le son de sa voix et des prophéties, celles du faschisme et celle de l’Art, celle du surréalisme éternel, qui nous revient à tous comme un idéal, sortir des règles du réel, les dépasser, les tordre, certains à la Dali, d’autres à la Breton, personnellement je suis plus Aragon puis nouvelle-vague du cinéma mais les couleurs de Frida ne se soumettent pas à une catégorie, elle transcendent le tableau pour venir se loger droit le coeur. Les couleurs de Frida sa force d’un discours ouvert  éveille notre mémoire visuelle et notre conscience collective.

Elle nous parle du Mexique, du sang de ses peuples qui a coulé et qui coule encore, de ses douleurs, de ses doutes, des ses perditions amoureuses et de sa vulnérablité.

Voilà sûrement la plus grande leçon que me donne Frida Khalo aujourd’hui…

En observant son travail, en comprenant un peu mieux sa vie, parallèlement je vis la mienne et je comprends que femme, humaine, artiste, je ne peux cacher de moi les aspects les plus noirs, les désirs de mon âme à s’étendre dans la paix et dans la lumière. J’apprends entre les visages qu’elle a peint à ne pas supprimer mes instincts, à ne pas dévaloriser mes idées et à ne pas confondre amour et intérêt.

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De la douleur et du travail de Frida ont émergé un lien, une fusion innée que ces tableaux transmettent avec force et poésie. Dans les natures mortes que Frida a réalisé, c’est un monde industriel zombie et déjà aliéné qu’elle depeint. Dans les corps des femmes qui se meurent et qui se noient, Frida évoque, je crois la décrépitude de l’humanité concentrée sur la quête du capital au détriment d’une considération de la vie naturelle, incarnée par la femme, son corps et son ventre.

Parce qu’elle fut entravée, blessée, accidentée, trahie, délaissée au fil de sa vie par le destin d’abord, les institutions aussi, les hommes plus tard, Frida, éternelle optimiste à la plume critique et précise ne s’est jamais séparée de son regard un peu cynique mais si beau et si humain. Son regard, assombri par une grande lucidité transperce ses tableaux quand elle peint les racines des plantes médicinales au dessous des fondations de l’Empire State Building. Dans ces toiles, Frida s’est efforcé de créer des liens entre les éléments chaotiques du monde déchiré pour faire sens de la chimie intrinsèque de nos vies, des mondes chevauchés, des réalités reflétées dans nos choix, dans nos créations, dans nos regards sur nous-mêmes biaisés par la haine de soi et le déni…

Dans sa vie, Frida a exploré, voyagé, elle a rencontré les artistes influents de son temps et donné son avis quant aux conflits qui brûlaient son époque. Frida nous parlait et nous parle encore de courage dans les Arts, d’engagement, de passion et dans tout le déploiement de ses couleurs, elle nous parle d’une joie, illimitée, que l’on peut trouver dans une forme de contemplation consciente, une expression de soi libérée des entraves de la peur et des diktats innombrables…

Frida, dans toute sa splendeur était une femme vivante, animée par un élan de création inaliénable. Je lui dédie ce texte ainsi qu’à toutes les femmes artistes que je connais et que je ne connais pas, à toutes les âmes sensibles pour qui créer, s’exprimer, respirer dans la sincère expérience que la vie leur propose est la seule option possible : vos forces sont puissantes, vos souffles de vies vibrent et se mélangent déjà dans le flux global, je vous vois et je vous aime. Continuons, rassemblons-nous, écoutons-nous.

Alizée Pichot

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Mexico City, septembre 2018. 50mm

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