Mon corps et le froid hivernal – Texte par Marie- Maxime Carle

Il n’y a pas si longtemps j’étais dans mon lit en train de lire le guide de la sexualité positive, un livre très intéressant. J’ai été surprise de voir à quel point il parlait de tout. De viol, de consentement, de grossophobie, d’handicap, d’hormones, de menstruations, de poils, de masturbation, etc.

Au fil de ma lecture, il y a un témoignage en particulier qui m’a profondément touchée. C’est celui d’une femme qui explique que son rapport au corps à changé à cause du froid depuis qu’elle habite au Québec. 

Elle explique notre difficulté à normaliser la nudité ici au Québec. Selon elle, les médias et la publicité montrent une sorte de nudité très sexualisée qui n’a rien à voir avec la nudité simple. Elle donne ainsi l’exemple d’une journée à la plage avec les seins nus. Au Québec, les femmes ne font pas ça. Pourtant, à plusieurs endroits dans le monde, c’est juste normal de le faire. C’est quelque chose qui dérange ici. Elle dit que le contexte sexuel n’est souvent pas approprié à la situation. Par exemple ici, c’est dans un contexte de plage où une femme a les seins nu et non dans un contexte sexuel. Au Québec, à la plage, on dirait d’une femme les seins découverts qu’elle est vulgaire, qu’elle est a la recherche d’attention ou qu’elle est carrément une salope. Elle explique ainsi la perception de la nudité qui selon elle a un impact lorsqu’on vit dans un pays froid et que notre corps est souvent couvert.

Ça m’a beaucoup fait réfléchir. Car j’éprouve effectivement cette sensation de « retrouver » mon corps après l’hiver. Comme si les shorts et les jupes courtes me rappellent que j’ai un corps. Mais pourtant, tout ca vient aussi avec une sexualisation que je ne comprends pas. Je me sens souvent fixée, gênée et jugée.

C’est comme si pendant l’hiver, je mettais une pause sur mon corps. Je me sens bien et en sécurité. Je me promène sur la rue et rien ne se passe. Je vais à l’épicerie et je sors dans les bars sans me soucier du regard des autres. À  l’arrivée de l’été, je me presse pour « remettre mon corps à neuf », comme si je devais le modifier pour me rapprocher des standards que la société m’impose, et je me laisse influencer par les discours d’influenceur.se.s sur instagram : rasoir, gym, bikini, bouffe santé…

Je suis pas la seule à faire ça, les statistiques le prouvent. En moyenne, les gyms et les entreprises de fitness vendent plus d’abonnements et de produits environ trois mois avant le début de l’été et environ 80 % des client.e.s nouvellement inscrit.e.s ont abandonné deux mois après. 

C’est triste de se faire dire à tous les jours que en tant que femme on n’est toujours pas assez et que c’est de notre faute en plus, que c’est nous qui devrions faire les efforts pour correspondre aux images qu’on voit.

Bref, après la lecture de ce témoignage, et avec toutes ces réflexions en tête, je me pose sincèrement la question : Qu’est ce que le froid a comme impact sur la sexualisation du corps des femmes au Québec? 

Deux mois par année, nos corps sont libres. Nous pouvons enfin ressentir la chaleur caresser notre corps et l’eau entourer nos fromes. Les jupes et les robes fleuries et légères font leur apparition. Et, je vous jure que ça en ébranle plus d’un.e. 

Est-ce que le fait de voir les jambes des femmes deux mois par année accentue le fait qu’on sexualise leur corps? Est ce que ça expliquerait aussi pourquoi les écoles primaires et secondaires interdisent les camisoles et les shorts féminins? Ou encore est-ce que ça expliquerait la vision de la société par rapport au port du voile? Est ce que l’excitation de se découvrir à l’arrivée de l’été et de retrouver son corps a réellement un impact sur la question du voile au Québec? 

Je ne sais pas. C’est des questions en l’air, mais ce qui est certain c’est que le froid nous oblige à nous couvrir, autant hommes que femmes. Par contre lorsqu’il est temps de se découvrir, seulement les femmes se sentent en danger. J’ai vu trop de choses, entendu trop de choses et expérimenté trop de choses pour que quelqu’un puisse me convaincre du contraire. 

De mon expérience personnelle, j’ai souvent eu la pression à la venue de l’été de devoir perdre les kilos « en trop » et de me « reprendre en main ». Ces termes ne devraient tout simplement pas exister. Je me suis trop remise en question et je me suis trop comparée aux autres qui participaient au beach body challenge. Ça m’a détruite et ça touche trop de monde. Quand je vois ma petite cousine de 13 ans qui se cache quand elle mange et qui a peur de se mettre en maillot de bain,  je me vois il y a 5 ans. J’ai perdu une confiance en moi que j’ai eu du mal à retrouver et personne ne devrait détester son corps. Personne. 

Jamais je ne retrouverai cette insouciance de petite fille immature. Quand on ne se regardait pas dans le miroir pour se juger, qu’on ne se posait pas de questions et qu’on était tout simplement en vie. Pour moi ça, ça n’existe plus.

J’ai déja fait partie de ces femmes qui achètent des pilules dites amaigrissantes dans le but de porter mon bikini. Je connais aussi une femme qui avait acheté les même pilules que moi et qui s’est retrouvée à l’hôpital à cause de ça. Souvent, derrière la belle étiquette de produits naturels il y a pleins de produits chimiques. On ingère le tout dans le seul but de peut-être être capable de s’aimer pour un été. Mais moi, quand j’ai vu cette fille qui s’était rendue à l’hôpital, je me suis aussi vue là, à sa place. Ça aurait pu être moi.

On devrait avoir un challenge qui s’appelle : Aime ton corps. Parce que c’est lui qui te permet de vivre, de marcher et de respirer. Mais à la place, on investi notre argent dans des compagnies qui vendent du rêve. Un rêve qui n’est plus le mien aujourd’hui. 

Si je suis capable de vivre avec ce corps rond et poilu neuf mois par année, pourquoi pas douze? Nous devrions arrêter d’avoir peur du jugement, des regards et surtout de notre propre corps. 

Marie-Maxime Carle.

Ici pour voir ses photos.  et son compte Instagram. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :