Non, le monde ne s’est pas arrêté et les violences racistes n’ont jamais disparu.

Image : le poste de police de Minneapolis incendié par des manifestants le 27 mai 2020, au lendemain de l’assassinat de Georges Floyd. 

En mai 2020, les polices tuent partout dans le monde. Georges Floyd est mort, assassiné par un flic américain parce qu’il était noir en mai 2020. Adama Traoré aussi, tué par l’autoritarisme français à cause de sa couleur de peau. Combien de femmes et d’hommes trans, de femmes et d’hommes noirs tués dans l’indifférence, tous ceux dont nous ne retenons pas les noms ?

Toutes les personnes non-blanches se défendent et se protègent de cette violence à un moment dans leur vie ou au quotidien. Se protègent de ce racisme qui tue et qui engendre des souffrances qu’il est difficile d’appréhender. Les jeunes nés en 2000 ont peur.  Les enfants ne comprennent rien ou comprennent trop. Vivent dans un monde ou l’esclavage existe encore, ou le racisme systémique, la xénophobie ordinaire et  institutionnelle ainsi que l’exploitation sont des mots cachés mais dont les réalités sont bien vivantes. En 2020, le racisme tue. Le monde tient des néo-fasciste au pouvoir tout comme le communisme dictatorial.

La France dans laquelle on chuchote « mais non,  mes grands-parents ne sont pas racistes ils sont juste vieux, ils n’acceptent pas le changement » se ment à elle-même. Ils sont racistes et le sont depuis longtemps.

Ces idées-là sont dans nos familles françaises blanches. Je parle de la France, mais je pourrais parler du Québec, des États-Unis, des puissances Européennes aux passé colonisateur encore fortement imprégné dans ses racines.

Qui vote ? Qui ne vote pas ? Qui soutient les idées qui divisent basées sur une idée précise de la différence? Qui vote pour les partis politiques soutenant la dissolution de l’Europe qui est censée protéger les humains qui y vivent mais qui se ferme petit à petit dans des nationalismes à peine voilés ? Nous passons notre temps à renvoyer la balle de la responsabilité sur l’autre mais ce sont des siècles d’yeux fermés qui s’ouvrent aujourd’hui d’un seul coup. Elle était ou notre empathie ? Notre recul, notre quête de dialogue ? Depuis quand les cœurs blancs-rouges étaient-ils fermés ?

Nous sommes responsables de nos modernités. Nous sommes porteurs de nos héritages. Nos silences tuent et nos violences, bien qu’invisibles, bien cachées derrière des façades sages, muettes, sont dévastatrices.

Comment la France peut-elle encore brandir si haut son « Liberté, égalité, fraternité »? quand elle aussi par sa police et ses yeux fermés laisse mourir et perpétue des violences racistes ?

Comment nos députés peuvent-ils voter la loi Avia le 13 mai 2020 et repousser celui de l’accès à la PMA pour les couples homosexuels?

Comment Marlène Schiappa peut-elle annoncer que les féminicides ont baissé pendant que les plaintes pour violences conjugales ont triplé pendant le confinement ? Comment peut-elle s’en réjouir ?

Comment pouvons-nous nier que nous vivons dans une illusion, dans une France mythifiée par des années de mensonge, une Europe enrichie par des siècles de pillage, d’accords signés non pas pour éviter des guerres mais pour consolider des alliances économiques ? Comment pouvons-nous nous contenter de supporter l’image d’une France qui glorifie sa diversité sur la base d’un accueil coupable, sur les restes d’une colonisation transformée aujourd’hui en gouvernance cruelle laissant des territoires d’outre-mer jamais libérés s’enfoncer dans cercles vicieux de violence, de pauvreté et de colère?

Petit père Macron refuse de voir, fixant son regard et ses actes sur des stratégies d’évitement les plus habilement ficelées par des conseillers experts en rhétorique. La France qu’il dirige, celle qui est belle, n’est pas la sienne. C’est celle de ceux qui parlent, de ceux qui refusent une version de l’histoire unilatérale, biaisée. Cette France qu’on aime n’est pas celle de la télévision ni des musées d’Art, c’est celle de la rue, celle qui crie et qui ne chante pas la Marseillaise, c’est celle qui prend toutes les couleurs du crépuscule et qui ose dire à haute voix, non, je n’accepterai pas de mentir pour satisfaire l’égo d’une élite rongée par le fric et la condescendance d’une généalogie jamais perturbée par les drames de migration ou de la pauvreté.

La France n’est pas un pays riche par ses ressources financières mais par sa propension à évoluer par le peuple et ses paroles de refus du status quo. La faim n’est pas un problème un problème du passé, les ventres vident hurlent dans l’ignorance générale en France et ailleurs, partout, nous ne voulons pas la voir, ni l’entendre, ni la penser.

L’éléphant au milieu de la pièce n’est pas le racisme ni notre ignorance, c’est notre honte que nous ne voulons pas admettre.

La honte issue de nos histoires incompatibles en apparence non pas avec le progrès mais avec une idée ouverte du dialogue et de l’échange. L’histoire écrite et enseignée a transformé nos habilités à écouter. Comme si l’école suffisait à nous éclairer sur le monde. À l’école on ne se demande pas comment ça se fait que les femmes gagnent encore moins que les hommes, que ce soit eux qui détiennent les pouvoirs politiques dominants. On ne déconstruit pas assez le fait que la planète, bouillonnante, tente de nous dire qu’on doit se bouger le cul sans attendre… Ce n’est pas l’école qui nous dit que nous devons être sur tous les fronts car on ne peut pas sans cesse effrayer une jeunesse qui n’est pas dupe, qui sait qu’elle devra être elle aussi être sur tous les fronts pour réparer ou tenter de jauger les erreurs du passé, les cruautés des hommes sur l’ensemble de la planète.

Pourquoi c’est toujours les mêmes qui travaillent gratuitement pour donner des informations que les grands médias laissent de côté, sachant bien fort que les militant.es s’en chargeront ?

Comment se fait-il qu’en France, on laisse des idéologues dangereux s’exprimer en temps d’antenne démesuré, les laissant insulter les femmes et les hommes qui viennent, calmes, dire les vérités les plus sèches et les plus urgentes à communiquer ? Pourquoi Zemmour, pourquoi Hanouna, pourquoi Ardisson ?

Le monde ne s’est pas arrêté avec le Coronavirus. Le monde ne s’est arrêté pour personne, encore moins pour ceux et celles qui ont travaillé deux fois plus pour soigner les personnes infectées et les autres malades et les accidentés et les personnes en situation de détresse mentale. L’itinérance ne s’est pas arrêtée. Les violences contre les femmes et les personnes travailleuses du sexe non plus. Les processus démocratiques stagnent et les politiques profitent de nos aveuglements. Le monde change oui, mais les conneries continuent, abritées pour un temps encore pendant que les lumières de ce grand spectacle sont placardées sur le futur incertain de nos vacances d’été.

Le monde n’a pas cessé d’être raciste, sexiste, capitaliste, anti-différence, anti-nature. Seulement, les puissants ont tenté de faire taire nos colères. Les médias traditionnels et une poignée de journalistes complices et intéressés ont joué le jeu de la surinformation qui bâillonne et qui tait les autres problèmes du monde.

L’information est autant une donnée qui sauve qu’un instrument du contrôle social et capitaliste. Nos réseaux sociaux, ceux par lesquels ce texte est partagé sont les points de pivots de la transmission des images de violence, des théories complotistes et des idées politiques fumeuses. Ces plateformes sont tributaires, faussement innocentes des processus de censure injustes qui sont en train d’être votés par nos parlements après avoir implémentés par les géants GAFAM.

Censurer les paroles des personnes qui demandent justice et droits – travailleurs et travailleuses du sexe, communautés de personnes racisées demandant réparation et protection, personnes trans, migrant.es, chômeurs, femmes, personnes de la communauté queer, les personnes juives et bien d’autres – toustes, si nos paroles sont menacées d’être étouffées, rappelons-nous ce qu’on vécu.es nos ancêtres, rappelons-nous que ceux qui décident du droit de vie et de mort possèdent des outils jamais égalés dans toutes les guerres d’avant. Les technologies de télécommunication et de surveillance sont les mêmes. Nous sommes traqués, nos mouvements et nos paroles sont tracés.

Illusoirement, nous sommes élevés au statut de citoyens du monde parce que les frontières sur internet n’existent plus. Mais maintenant qu’elles sont fermées nos frontières, dans la matière, dans le droit, ne fermons pas les yeux sur les pays qui se ferment sur eux-mêmes, sur les centaines de milliers de migrant.es dans le monde bloqués dans des camps de concentration, incertains et effrayés de leur place sur les terres de ce monde et dans nos sociétés. Ne fermons pas les yeux sur l’augmentation des expressions verbales et physiques du racisme ordinaire. N’excusons pas trop la peur.

Sur nos téléphones, sur Facebook et Instagram, des images et des mots qui militent, des pétitions, des appels. Nous lisons des titres d’articles, nous partageons, nous pensant informés. Nous devons faire plus, quelques minutes de concentration supplémentaires. Il faut imaginer ce que nous ferions dans la même réalité dépouillés de nos réseaux connectés, lésés de ces façades de participation au collectif social.

L’action humaine est nécessaire pour le changement global. L’action physique, le contact, la rencontre. Un clic aujourd’hui est un dollar rapporté aux hébergeurs et aux plateformes, rarement aux créateurs de contenu encore moins si l’on incarne un contre-pouvoir, si l’on dénonce un tant soit peu leurs mascarades. Internet peut être une arme contre les détracteurs oui, mais la parole vraie, ouverte, déliée des tabous millénaires, des croyances ayant engendré violence, exploitation et meurtre, ne se loge pas sur wikipédia ou sur google mais dans nos esprits, dans nos constitutions, dans nos foyers.

Malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, c’est dehors, dans nos quotidiens qui reprennent doucement, au travail, à l’université, dans nos pensées matérialisées que nous ferons poids contre le dominant savoir qui limite les avancées sociales et la justice de s’accorder au besoins de l’humanité.

La parole, libérée de sa honte, de sa culpabilité, une parole vulnérable et forte de ce qu’elle porte dans ses vérités individuelle est une parole puissante. En France, trop peu d’espace pour les paroles puissantes, trop peu de place pour les paroles qui doivent être entendues. Des niches, voilà ce que les dominants et la plupart des politiques veulent que nous restions, des petits groupes isolés. L’unité est dangereuse pour les systèmes démocratiques comme le nôtre qui se complaît dans son image mais s’écroule en backstage sur lui-même. L’agora est bien loin désormais, nous sommes dans une arène.

Parlons-nous des problèmes du monde, parlons-nous de la violence qui n’est pas seulement le poids des communautés concernées, parlons-nous de l’Histoire, de celle du passé, du présent et de celle que nous voulons créer, parlons-nous de ce qui nous fait mal sans colère et de ce qui nous fait du bien en affirmant avec force l’importance de conserver l’unité et la joie.

Prenons-garde aux divisions que la France voit se dessiner depuis déjà 20 ans en lignes grises dans ces cours des miracles, prenons-garde aux phrases chocs de notre président qui déclare apparemment inconscient des conséquences que nous sommes en guerre.

N’oublions pas le passé, les trous béants de nos histoires, rappelons-nous que la philosophie est la science des idées pas de leur manipulation et que par-dessus-tout nous sommes humains, nature, en quête de paix, celle qui aujourd’hui dans les pays qui sont protégés des guerre civiles, ces paix sont entachées de sang. Rappelons-nous que pendant que nous sommes ici, que nous mangeons ou que nous ayons du mal à payer le loyer, que certains sont au chômage depuis des mois, d’autres, similairement humains, dans d’autres continents, vivent aussi cela et que nous ne sommes pas incapables de ressentir de l’empathie et de voir, tout simplement, leurs réalités. En Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient. Rappelons-nous, que français.es, nous sommes privilégiés notamment parce que nos bouches ne sont pas nouées du sceau de l’urgence. Si vous lisez ce texte, c’est que vous avez le temps de vous intéresser au sort du monde et cela, en soi, est un privilège.

Cette paix dont je parle en filigrane dans un récit décousu de la violence d’État est peut-être une utopie mais il serait catastrophique de l’abandonner, de laisser par cynisme ce rêve pourrir au risque de plonger à nouveau dans le noir général que connaissent tous les dominés. Il serait dramatique de laisser cet objectif de côté par confort d’un individualisme justifié par un état de pause de la société à la suite d’une pandémie vécue bien différemment par les occidentaux qui ont tout oublié de leur passé.

Ne nous soumettons-pas à la dictature des idées bourgeoises ni à celles d’un soi contrit et désabusé par une société qui s’oublie, vivons, en entier, et soyons fiers et fières de nos identités multiples, tenons-nous debout, apprenons chaque jour à nous aimer soi et l’autre également.

Le 27 mai 2020.

Alizée Pichot

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :