Le champ dans lequel mes émotions s’élèvent. Texte par Alizée Pichot

Le champ dans lequel mes émotions s’élèvent est grand. À la lisière de ce pré sont placés des barbelés enfoncés profondément dans une terre fertile. Leur hauteur menace, leurs pics sont grands et le métal blanc de leurs boucles a lacéré ma peau. De l’autre côté, en face des barbelés, un lac. Je ne l’ai pas encore touché. Je vois l’eau, tranquille, transparente, au reflets vert-azur et le ciel en lui se reflétant sans nuages. Je suis au milieu de la prairie et je ne bouge que très peu, je pivote sur moi-même, je contemple les alentours, je regarde les blés et les herbes sauvages secouées par le vent.

Derrière les barbelés, les nuages sont noirs, menaçants. Je me souviens la tempête, je me souviens les larmes et la douleur entre mes deux cœurs, la douleur dans les jambes qui ne peuvent plus marcher, le sang coulant d’entre mes cuisses jusqu’au sol. J’avance, pas à pas, vers le lac, je prends le temps de sentir la terre sous la plante de mes pieds, je respire à nouveau, en écrivant ces mots, je retrouve au fond de moi ma poésie et je respire, profondément, avant de poursuivre ma route jusqu’au lac. Le chemin est court mais ma démarche est lente, je dois suivre le rythme des saisons, le printemps arrive mais avant l’été je dois laisser mes narcisses fleurir sans les presser, laisser les abeilles s’arrimer aux pétales, j’attends, je respire, et j’attends.

Dans le lac et dans les barbelés, une sorte de philosophie du plaisir se présente, une sorte de pensée de l’amour qui ne perd pas sa politique mais qui trace dans les étoiles des trajectoires précises, des diagonales entre la terre et le ciel. Les femmes de tous les temps l’ont su, elles ont fait pousser dans leur corps depuis des milliers d’années cette puissance de la joie, cette force inaliénable de paix sous-tendue de colère sans pardon, une colère qui n’a pas besoin d’un pardon illusoire car elle créé, sans juger, le futur de nos astres. Nous, les humains, pâles dans nos détresses, foudroyants d’amour quand nous sommes éveillés, nous parlons, nous chantons, nous écoutons. Nos âmes savent, elles se préparent à damner leur histoire, à rayer de leur carte les trahisons passées sans rancune, sans petite vengeance inutile, sans menues déchirures qui ne renferment en leurs seins que des rancœurs puantes.

Je suis elle, la reine du ciel et du printemps. Le lac et les barbelés c’est moi.  Je suis lui, le roi des savanes qui prend le vent dans ses peines. Il chevauche une jument, de noir vêtu il galope vers le temps qui fuit à vue de nez dans le désert trop grand pour limiter ses rêves. Le roi, le prince, le petit homme qui fit un jour le tour de la planète à pied débouche les vannes d’un amour sans passé. Je rêve d’un amour éternel, rêvant sans le vouloir d’une trahison, malice de l’esprit se cherchant en lui-même, ment aux hommes, ment aux femmes, ment à soi, l’esprit se cherche et se trouve là-haut dans les étoiles. Les rêves se dessinent en ombres chinoises dans le noir d’une maison qui ne s’éveillera que le soir venu. Le soir déchu dicte aux rêveurs leurs espoirs non-dits, leurs espoirs flétris par une peur sans nom, par une peur tenace. Dans les entrailles les parfaites ellipses du temps croissent, il passe mais demeure ici inchangé car les songes n’ont d’autre maître que le vent. L’eau maintenant valse sur les corps distendus par des larmes violentes, par des élans de cœurs qui battent sans faire de bruit dans la nuit les rêveurs ne s’empêchent plus d’aimer ils sont enfin libres, enfin déterminés.

Nous saurons demain comment vaincre le jour, celui sans lequel nous ne rêverions plus, morts-sans-vie errant sans but sur la terre. En musique se meurt cette illusion sublime, elle disparaît enfin en ce début d’une ère.  Une révolution est en marche dans les ventres des femmes et dans les cœurs des hommes, enfin, révélés à eux-mêmes.

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