Sopycal : rap, féminisme, tabous

Portrait de Sopycal par Cassandra

Sopycal (ou Calypso) est comédienne, rappeuse et danseuse. En gros, c’est une musicienne qui aime le jeu, le mouvement, les hommes, les femmes, l’amour et la justice.

Pour elle d’abord, le cinéma, un rêve de gosse. Elle se forme en théâtre puis monte à Paris pour son travail. Là-bas depuis sept ans, elle vit aujourd’hui entre Bordeaux et la capitale, au gré des projets, au gré des rencontres.

C’est à Bordeaux en particulier que ça se passe pour la musique, avec ses amis. Au départ, le rap est un passe-temps, et une passion.

« Que faisons-nous de nos maux ? Que faisons-nous de nos mémoires, de nos histoires non-dites ? »

C’est par la musique que Sopycal répond à ses questions. Elle le fait avec sa voix posée sur des sons pop-folk produit par un ami, Alex Siegel, un ami d’ami, un coup de coeur musical.

Avec son projet Sopycal, l’idée est simple : s’exprimer sur les questions qui la concerne en temps que femme  mais qui nous touchent tous, quelque soit notre genre, dans la société contemporaine. Dans le titre « Femmes », Sopycal évoque les femmes poilues, les femmes puissantes, celles qui désobéissent à l’ordre social, à celles qui parlent pour elles-mêmes et qui font ce qu’elles veulent. Au fil de ses chansons, au fil de ses mouvements de danse, de son flow maîtrisé, elle rend hommage à toutes les femmes dans nos vulnérabilités, nos secrets pas si secrets, nos portes ouvertes et nos portes fermées par nos regards et nos paroles, toujours avec humour, toujours en restant sensible et précise dans ses mots.

« Mon féminisme est pacifique. Cette chanson est là pour convaincre ceux qui pensent que le féminisme est une guerre. Il faut intégrer les hommes dans la discussion, les personnes noires et toutes les personnes de couleur aussi. »

Avec ses singles « Mon féminisme », « L’été », « Femmes » ou encore le dernier single sorti sur les plateformes « Tabou », le concept de sa musique est résolument féministe. Avec Sopycal, on ouvre les perspectives sur les féminismes dans une exploration insidieuse des différents sujets qui s’y rapprochent, de près, ou de loin.

« Aujourd’hui tu n’as pas le droit de ne pas être féministe »

Finalement, dans son travail et dans sa musique, la question d’être féministe ou pas ne se pose pas. C’est une évidence. Avec ses textes récités comme des slams, sa musique produite pas Alex Siegel, un musicien californien, on embarque dans des histoires qui parlent du quotidien. Dans « Mon Féminisme », Sopycal nous raconte l’idéal d’un monde d’égalité, d’un féminisme pour tous avec les hommes aussi. Le clip, d’une douceur et d’un équilibre remarquable, laisse voir Calypso accompagné d’un danseur sur les toits de Paris dans un échange puissant, un échange qui nous parle de nos points communs plutôt que de nos différences.

Le titre « Tabou » quant à lui, explore l’avortement et la dimension de choix dans le parcours des femmes, quelque soit leur âge, leurs origine et leur statut social. Le clip de cette chanson dynamique et écrite au second degré malgré un sérieux qui ne laisse s’échapper aucun doute sur les intentions de l’artiste s’est vu censuré sur Youtube pour les moins de 18 ans.

Cela nous rappelle une fois de plus que les corps féminins, montrés dans une nudité sensible et les thèmes explorés par Sopycal demeurent dans le viseur des autorités responsables de réguler les contenus disposés au public sur internet. Une fois de plus, nous sommes rappelés que nous vivons dans un système qui surveille et qui tente de limiter les tentatives artistiques (ou pas) qui challengent le status quo.

« Tabou » par Sopycal relate aussi le récit d’une génération, celle des 20-30 ans, une génération qui oublie souvent encore de se protéger, qui fait beaucoup la fête tout en cheminant parfois difficilement sur le chemin nous sortant de l’enfance.

« Quelle adulte suis-je ? »

Avec ses différents texte, voici une des questions que Sopycal se pose. Par son amour de la littérature et de la poésie, elle parvient à pointer du doigt très précisément des problématique on ne peut plus moderne.  Ayant elle-même vécu des violences de genre, elle essaie par sa musique et par son art de manière plus générale à normaliser la parole sur les violences. Pour elle, notre colère, celle qui est issu des violences mais aussi de l’Histoire ignorée des femmes et de leurs passé doit être un moteur pour nos luttes, un fuel pour nos créativités.

Ce que je retiens de notre échange, c’est une volonté de guérir par la musique qui se destine avant tout vers celles et ceux qui furent marqués par des traumatismes. C’est une musique pour tout le monde bien sûr, pour un monde en évolution qui accueille désormais dans ses enceintes des nouveaux discours, des discours qui parlent notamment des conséquences que les violences ont sur les vies post-traumas.

« La scène, un endroit d’existence »

Quand je l’interroge sur son rapport à la scène, Sopycal esquisse un sourire profond et me confie que pour elle, la scène, qu’elle soit en train de chanter, de slammer ou de jouer la comédie, est un espace de résolution. Un espace sur le quel étendre le champs des possible et y déclamer sa foi, son amour, son impatience de vivre intensément. C’est l’endroit ou dire aux autres ce qu’elle pense, là où elle peut se laisser traverser par les sentiments, raconter des histoires, communiquer véritablement avec les autres.

Car, et ces derniers mots concluront cet article, il est question dans la démarche de cette artiste d’une réflexion aboutie sur le rôle qu’elle entend prendre dans le monde. Une place de femme certes, mais aussi une voix, une voix qui travaille parfois au service des autres mais de plus en plus au service de ses propres convictions, des observation qu’elle fait du monde et des machines qui le font tourner.

Sopycal c’est aussi un corps, vivant, une humaine au charisme inévitablement touchant, une féminisme de la cinquième vague qui nous parlent d’égalité pour toustes, de faire tomber les barrières de la binarité et celles qui impose des silences lourds sur nos vies. Son œuvre musicale est certainement une de mes plus belles découvertes francophones de l’année et je vous encourage fortement à écouter en boucle ses titres qui restent dans la tête et qui permettent, comme bien d’autres mais à leur manière, de nous faire réfléchir, de prendre du recul et de comprendre un peu mieux le monde des femmes, nos vulnérabilités de lionnes et nos ambitions, profondes, sensibles, humains.

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